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Le Voyage de Jhivé et la régulation des affects

régulation d'équipe

Troisième épisode qui traite du thème des premiers pas, volontairement naïfs, de l’intervenant en analyse des pratiques professionnelles, par le biais du conte métaphorique.

Nous nous proposons d’éclairer comment s’impose parfois, dans l’inconfort, la nécessité d’un glissement temporaire vers de la régulation d’équipe, à condition que celui-ci soit repéré et assumé.

Une nouvelle épreuve

Jhivé continuait de cheminer à travers le Jardin des Pratiques, aidant les artisans à mieux conscientiser leurs œuvres. Les défis complexes qu’ils rencontraient, confortaient Jhivé sur l’importance d’un regard extérieur auprès de ces bricoleurs du quotidien. Pourtant, une nouvelle épreuve allait se présenter, révélant qu’il n’était pas toujours question d’analyser les pratiques, mais parfois de rétablir l’harmonie avant tout.

Le Labyrinthe des Miroirs Brisés

Un jour, Jhivé rejoignit un groupe d’artisans qui travaillaient ensemble depuis longtemps mais qui semblaient piégés dans une impasse invisible. Au lieu de s’écouter et d’avancer, ils étaient constamment en désaccord, chacun tentant de défendre une vision différente du projet collectif. Plus ils parlaient, plus ils se perdaient dans des querelles de détails et de malentendus, et plus ils se raidissaient. Petit à petit chacun des artisans alternait entre attitude de protection silencieuse, et attitude offensive où ses mots tranchants venaient blesser.

Le sol sous leurs pieds se déforma alors, et ils furent aspirés dans un gigantesque labyrinthe de miroirs brisés. Le Labyrinthe des Miroirs Brisés reflétait les distorsions des visions de chaque artisan, amplifiant les divergences au point de rendre toute avancée impossible.

Jhivé tenta de guider les artisans à travers l’analyse de leurs pratiques, mais à chaque tentative, les miroirs renvoyaient des images plus confuses, et les désaccords devenaient plus vifs. Chaque réflexion semblait isoler davantage les membres du groupe, leurs voix se perdant dans un écho interminable.

La vieille tortue : un allié calme et puissant

C’est alors qu’une étrange tortue aux reflets multicolores, vieille comme la terre, émergea lentement des ombres du labyrinthe. Elle s’adressa à Jhivé d’une voix profonde et apaisante : « Petit moine, ce groupe ne peut pas avancer tant que le reflet de leur unité est brisé. Ce n’est pas leur pratique qui est en cause, mais le cadre même dans lequel ils évoluent. Avant de construire quoi que ce soit, il leur faut d’abord réparer leur base. Tu dois les aider non pas à analyser leurs actions, mais à retrouver leur harmonie. »

Jhivé comprit alors que les artisans n’avaient pas besoin de nouvelles clés d’analyse, mais de réguler leur coopération.  Passage indispensable afin de retrouver du commun et réorienter leur projet. « Maître, » pensa-t-il intérieurement, « ils sont comme un navire sans boussole, dérivant sans savoir quelle direction suivre. »

Incarner le changement

Bien que conforté par la sagesse de la tortue, Jhivé resta inaudible, comme bringuebalé lui-même entre les invectives de chacun. C’est alors que son maître lui apparut en songe : « la boussole ne suffit pas toujours à tenir la bonne direction ! ».  Jhivé saisit d’un coup qu’il lui fallait reprendre la barre. Il interrompit les échanges et vint se positionner au centre du groupe comme pour indiquer aux artisans qu’il devait médiatiser toute parole afin de tenir le cap.

Les artisans acceptèrent cette prise de pouvoir temporaire de Jhivé.  Ils éprouvèrent assez vite une forme de soulagement. Ils devenaient conscients d’être préservés de la nature potentiellement explosive des échanges. Jhivé écouta, encouragea, désamorça, pour dénicher l’énergie propre aux croyances et aux valeurs. La régulation produisit son effet. Peu à peu chacun réussit à se faire entendre dans sa singularité, et à entendre la singularité de l’autre. Les corps gagnèrent en souplesse, et les esprits en fluidité. Les voix se modifièrent. Petit à petit les artisans furent invités à ne plus se chercher querelle, mais à revenir aux fondamentaux. Ils retrouvaient cette sensation d’être ensemble, autour de valeurs partagées. Petit à petit, les fragments des miroirs brisés se réassemblèrent, reflétant une image plus claire de leur véritable objectif collectif.

Le labyrinthe se dissipa et, enfin, les artisans purent se retrouver, non plus perdus dans leurs visions fragmentées, mais unifiés par une nouvelle compréhension de leur projet commun.

Le retour de Jhivé

De retour au temple, Jhivé raconta son expérience à son maître. Celui-ci, le visage toujours aussi serein, l’interrogea : « Jhivé, qu’as-tu appris de ce groupe et de leur labyrinthe de miroirs brisés ? »

Joris Vadi Intervenant en analyse des pratiques« Maître, » répondit Jhivé, « j’ai appris qu’avant d’analyser des pratiques, il faut parfois réguler les affects et se ressourcer aux fondations d’un projet. Sans un cadre clair et partagé, toute tentative d’avancer se transforme en confusion. Et de la confusion naissent la rancœur et l’isolement. »

Le maître hocha la tête, satisfait. « C’est une grande leçon, Jhivé. Parfois, avant de cultiver un jardin, il faut d’abord désherber le terrain. Continue sur cette voie, et tu sauras toujours quand il est temps de semer, et quand il est temps de réparer. »

Et ainsi, fort de ce nouvel apprentissage, Jhivé poursuivit son chemin, alerte à discerner les moments où l’harmonie devait être restaurée avant toute autre chose.

Joris VADI, Analyse des Pratiques Professionnelles, Formation & Supervision


Épisode 1 de l’aventure d’un intervenant en analyse des pratiques professionnelles

Épisode 2 Le voyage continue

Épisode 3 Le Voyage de Jhivé et la régulation des affects


Crédit photo : Image par Gordon Johnson de Pixabay

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